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Série d’exposition de 2 Pierre · Leçon 1

Affermissez votre vocation et votre élection

Exposition de 2 Pierre, chapitre 1

Auteur: Pasteur David JangPublié: 2026-04-22

2 Pierre ch. 1 · Thèmes clés

Affermissez votre vocation et votre élection — Six thèmes clés de cette exposition

Thème 01
Auto-compréhension apostolique : esclave (doulos) et apôtre (apostolos)
La théologie de la double identité de Pierre comme “esclave” et “apôtre”. Cette auto-compréhension paradoxale — être possédé dans son être et envoyé dans son agir — définit l’essence du ministère.
Thème 02
Épignose (ἐπίγνωσις) : la vraie connaissance face au gnosticisme
Analyse du vocabulaire de la “connaissance”, qui apparaît neuf fois dans 2 Pierre. Pierre ne présente pas une connaissance mystique exclusive revendiquée par le gnosticisme, mais une connaissance relationnelle et intégrale donnée par grâce à chaque croyant.
Thème 03
L’échelle des vertus : une feuille de route de sanctification en huit étapes
Exploration de la chaîne sorite : foi → vertu → connaissance → maîtrise de soi → persévérance → piété → affection fraternelle → amour. Pierre reformule l’éthique gréco-romaine de la vertu dans une forme chrétienne.
Thème 04
Puissance divine et participation aux promesses (1:3–4)
Interprétation de la déclaration selon laquelle la puissance divine a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, et de la promesse selon laquelle les croyants deviennent participants de la nature divine.
Thème 05
Témoignage du mont de la Transfiguration et autorité apostolique
Pierre fonde l’autorité apostolique sur l’événement de la Transfiguration dont il a été témoin. En opposant les “mythes habilement conçus” au témoignage oculaire, il affirme l’historicité de l’Évangile.
Thème 06
Sola Scriptura : l’autorité suprême de la prophétie biblique
La parole prophétique est “plus certaine” encore que l’expérience de la Transfiguration (1:19). Cette exposition examine le fondement biblique du principe réformateur selon lequel l’Écriture se tient au-dessus de l’expérience privée et de la tradition ecclésiale.

Introduction : contexte de rédaction et situation historique

Traditionnellement, 2 Pierre est compris comme la dernière lettre écrite par l’apôtre Pierre alors qu’il s’approchait du martyre. Sa date de rédaction est généralement située après l’an 64 apr. J.-C., lorsque la persécution des chrétiens sous l’empereur Néron (37–68 apr. J.-C.) s’intensifia. Après le grand incendie de Rome en juillet 64, Néron accusa les chrétiens d’en être responsables et lança une persécution sans précédent ; la tradition de l’Église témoigne que de nombreux apôtres, dont Pierre, furent martyrisés durant cette période.

Le caractère testamentaire de cette lettre est confirmé par le texte lui-même. Les expressions de 1:13, “tant que je suis dans cette tente”, et de 1:14, “le moment où je quitterai ma tente est proche”, révèlent une conscience directe de la mort imminente. Pierre décrit la mort corporelle au moyen de la métaphore de la “tente” (skēnos), en écho au langage paulinien de 2 Corinthiens 5:1 : “si notre maison terrestre, qui n’est qu’une tente, est détruite”.

Le contexte théologique le plus important de cette lettre est l’infiltration du gnosticisme dans les communautés chrétiennes primitives. Le gnosticisme portait une vision dualiste du monde, considérant l’esprit comme bon et la matière comme mauvaise. Revêtu d’un langage chrétien, il entra dans l’Église et chercha à ruiner les doctrines centrales de l’incarnation, de l’expiation et de la résurrection corporelle. Le chapitre 2 traite cette menace de front, tandis que le chapitre 1 établit le fondement théologique de la réponse.

2 Pierre se compose de trois chapitres, et chacun est organiquement relié aux autres. Le chapitre 1 affermit l’identité et le fondement de la foi ; le chapitre 2 dénonce les faux docteurs qui ébranlent ce fondement ; et le chapitre 3, par l’espérance du retour du Christ, présente l’orientation de l’Église comme communauté eschatologique.

Auto-compréhension apostolique et théologie de l’identité (1:1–2)

Simon Pierre, esclave et apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi aussi précieuse que la nôtre par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ.

2 Pi. 1:1

Que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur.

2 Pi. 1:2

1. La double identité d’“esclave” (δοῦλος) et d’“apôtre” (ἀπόστολος)

Pierre se présente comme “esclave” (doulos) et “apôtre” (apostolos). La juxtaposition de ces deux titres constitue une forme particulière qui, parmi les lettres du Nouveau Testament, n’apparaît que dans 2 Pierre. Elle ressemble structurellement à la manière dont Paul se présente en Romains 1:1 : “Paul, esclave de Jésus-Christ, appelé à être apôtre”.

Doulos est un terme grec désignant quelqu’un qui appartient totalement à un maître ; dans toute sa force, il se rapproche davantage d’“esclave” que d’un simple “serviteur”. Lorsque Paul dit en Galates 6:17 : “je porte sur mon corps les marques de Jésus”, le mot stigmata renvoie à la marque imprimée par le propriétaire sur son bétail ou ses esclaves. Apostolos désigne celui qui est envoyé en dépendance totale de l’envoyeur, correspondant à la notion d’ambassadeur dans le monde gréco-romain.

Ainsi, si “esclave” renvoie à l’état de l’être, “apôtre” renvoie à la fonction de l’agir. Être possédé et, en même temps, agir comme le représentant qui accomplit l’œuvre de son maître : telle est l’auto-compréhension de Pierre. La mention du nom “Simon Pierre” mérite aussi attention. Elle tient ensemble le nom que Jésus lui a donné et son nom galiléen d’origine, exprimant la tension entre son ancien moi et son identité transformée.

2. La divinité du Christ et la règle grammaticale de Granville Sharp

L’expression de 1:1, “notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ” (tou theou hēmōn kai sōtēros Iēsou Christou), présente une construction grammaticale grecque très importante. Selon la règle formulée par le spécialiste du Nouveau Testament du XIXe siècle Granville Sharp, lorsqu’un seul article défini régit deux noms singuliers reliés par kai (“et”), les deux noms désignent la même personne. Le verset 1 correspond exactement à cette structure ; ainsi, “Dieu” et “Sauveur” désignent tous deux l’unique personne de Jésus-Christ. Des traductions modernes comme NASB, NIV et ESV rendent l’expression par “our God and Savior, Jesus Christ” sur cette base grammaticale.

3. La portée théologique de la “foi aussi précieuse” (ἰσότιμον πίστιν)

Isotimos est un mot composé signifiant “d’un honneur égal” ou “d’une valeur égale”. Pierre fait une déclaration radicale : la foi possédée par l’apôtre Pierre et la foi possédée par les destinataires de cette lettre ont une valeur égale. Le fondement de cette “foi précieuse” n’est pas la qualité spirituelle humaine ni l’effort, mais la justice (dikaiosynē) de Jésus-Christ. Cette structure théologique correspond exactement à l’intuition centrale de la Réforme : la justification par la foi.

4. Les dimensions hébraïque et savante de la “connaissance” (ἐπίγνωσις)

L’expression de 1:2, “par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur” (en epignōsei), introduit un mot-clé qui traverse toute la lettre. Dans 2 Pierre, le vocabulaire lié à la connaissance apparaît neuf fois. Epignosis, nom désignant une connaissance profonde et pleine, apparaît quatre fois (1:2, 1:3, 1:8, 2:20). Gnosis, nom désignant la connaissance en général, apparaît trois fois (1:5, 1:6, 3:18). Les formes verbales apparaissent deux fois (1:20, 3:3).

Dans le champ sémantique de l’hébreu yada, connaître ne se limite pas à la cognition rationnelle. Cela inclut l’expérience intégrale et l’engagement au sein d’une relation. Ainsi, l’insistance répétée de Pierre sur la “connaissance” constitue un défi direct aux prétentions gnostiques concernant la connaissance divine (gnosis). Alors que le gnosticisme faisait d’une connaissance secrète obtenue par expérience mystique la condition du salut pour une élite spirituelle, Pierre présente une connaissance relationnelle donnée par grâce (charis) à tous les croyants.

Répartition du vocabulaire de la connaissance : epignosis — 1:2, 1:3, 1:8, 2:20 (4 fois) ; gnosis — 1:5, 1:6, 3:18 (3 fois) ; formes verbales — 1:20, 3:3 (2 fois). Total : 9 occurrences. Cette répétition est un choix stratégique pour redéfinir la vraie connaissance comme connaissance relationnelle donnée par grâce à tous les croyants, contre la prétention gnostique à une connaissance divine exclusive.

Puissance divine et participation aux promesses (1:3–4)

Sa puissance divine nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, par la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et sa vertu.

2 Pi. 1:3

Par elles il nous a donné les promesses précieuses et très grandes, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, après avoir échappé à la corruption qui est dans le monde à cause du désir.

2 Pi. 1:4

L’expression “puissance divine” au verset 3 (theia dynamis) ne désigne pas d’abord la puissance cosmologique de création, mais l’action active de Dieu dans les domaines du salut et de la sanctification. Cette puissance est exprimée au parfait par “a donné” (dedōrēmenos / dedōrēken), ce qui souligne son caractère de don déjà accordé. Autrement dit, le croyant ne lutte pas pour obtenir quelque chose qu’il n’a pas encore reçu ; il est appelé à vivre ce qui lui a déjà été donné.

Ce que cette puissance divine donne, c’est “tout ce qui contribue à la vie et à la piété”. Ici, la vie (zōē) est la vie éternelle dont parle l’Évangile de Jean, la vie expérimentée dans la relation avec Dieu. La piété (eusebeia) désigne une posture de vie adoratrice devant Dieu.

L’expression du verset 4, “participants de la nature divine” (theias koinōnoi physeōs), n’apparaît qu’ici dans tout le Nouveau Testament. La participation (koinōnia) ne signifie pas une simple imitation ou ressemblance extérieure, mais un véritable partage et une communion réelle.

Theosis — doctrine développée particulièrement dans la théologie de l’Église orientale à partir du verset 4. Elle ne signifie pas que les êtres humains deviennent Dieu par essence ; elle désigne plutôt le processus de sanctification par lequel les croyants participent réellement au caractère de Dieu et sont conformés au Christ. Elle va dans la même direction que le concept occidental de sanctification, bien qu’elle emploie un autre vocabulaire.

La structure de la maturité spirituelle : l’échelle des vertus (1:5–11)

Pour cette raison même, faites tous vos efforts pour ajouter à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la persévérance, à la persévérance la piété, à la piété l’affection fraternelle, et à l’affection fraternelle l’amour.

2 Pi. 1:5–7

1. La structure rhétorique du sorite

Les versets 5–7 utilisent la technique rhétorique grecque appelée sorite, une chaîne dans laquelle chaque vertu devient le point de départ de la suivante. Cette structure ressemble superficiellement aux listes de vertus de la philosophie stoïcienne, mais Pierre la reconstruit de manière chrétienne et présente un chemin progressif de maturité spirituelle. La différence décisive est que le point de départ n’est pas aretē (vertu), mais pistis (foi).

ÉtapeVertu (grec)Explication théologique
1Foi (πίστις)Fondement de toutes les vertus chrétiennes. Elle s’inscrit dans la continuité de la “foi précieuse” du verset 1 et signifie confiance en Christ et engagement envers lui. Sans cette foi, les vertus suivantes deviennent un arbre sans racines.
2Vertu (ἀρετή)Terme central de la philosophie grecque signifiant excellence ou noblesse morale. Pierre le réapproprie dans un sens chrétien comme intégrité morale qui imite la gloire et la vertu de Dieu (v. 3).
3Connaissance (γνῶσις)Contrairement à la connaissance mystique exclusive promue par le gnosticisme, cette connaissance est une reconnaissance pratique de Dieu et de Jésus-Christ dans la vie, liée à l’epignosis du verset 2.
4Maîtrise de soi (ἐγκράτεια)Contrôle de soi face aux désirs et aux impulsions. Elle se tient en contraste direct avec le dérèglement de l’humanité sans Dieu décrit en Romains 1 et fait aussi partie du fruit de l’Esprit en Galates 5:23.
5Persévérance (ὑπομονή)Non pas simple patience passive, mais endurance ferme au milieu de la souffrance. Dans le contexte de la persécution de Néron, sa place au milieu de la liste devient particulièrement significative.
6Piété (εὐσέβεια)Posture de vie adoratrice envers Dieu. C’est la même piété mentionnée en 1:3 dans “vie et piété”. La vie de celui qui a reçu la puissance divine se manifeste dans la piété.
7Affection fraternelle (φιλαδελφία)Amour mutuel et chaleureux au sein de la communauté de foi. Si la piété est la dimension verticale tournée vers Dieu, l’affection fraternelle est la dimension horizontale tournée vers la communauté.
8Amour (ἀγάπη)Accomplissement et fruit de toutes les vertus. C’est le même amour que celui de 1 Corinthiens 13 : don de soi et amour inconditionnel. L’échelle des vertus commence par la foi et s’accomplit dans l’amour.

2. Diagnostic de la maturité spirituelle : ceux qui possèdent ces qualités et ceux qui ne les possèdent pas (1:8–9)

Le verset 8 donne deux promesses concernant ceux chez qui ces vertus abondent : ils ne seront ni oisifs dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ ni sans fruit. Le verset 9 diagnostique avec sobriété l’état de ceux qui manquent de ces qualités : “celui qui ne les possède pas est aveugle, myope” (myōpazōn). Le grec myōpazōn est à la racine du mot “myopie”. La myopie spirituelle est l’état de celui qui ne voit pas l’horizon lointain du royaume de Dieu et qui se fixe seulement sur les désirs immédiats.

3. “Affermissez votre vocation et votre élection” (1:10–11)

C’est pourquoi, frères et sœurs, appliquez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et votre élection ; car, en pratiquant ces choses, vous ne trébucherez jamais.

2 Pi. 1:10

Au verset 10, l’accent de Pierre ne porte pas sur un mécanisme doctrinal, mais sur une assurance pratique. “Affermir” (bebaian poieisthai) appelle une diligence continue. Affermir sa vocation et son élection ne signifie pas modifier ou garantir le choix de Dieu par une action humaine. Cela signifie plutôt pratiquer les vertus des versets 5–7 afin que le choix et l’appel de Dieu deviennent des réalités concrètes dans la vie.

La promesse du verset 11 est abondante : l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ sera “largement accordée” (plousiōs). Il ne s’agit pas d’une entrée à peine obtenue, mais d’une entrée abondante. Cette abondance se relie à la promesse de grâce de 1:3 : “il nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété”.

Théologie du témoignage : témoin oculaire apostolique et exhortation testamentaire (1:12–18)

Ce n’est pas en suivant des mythes habilement conçus que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ; nous avons été témoins oculaires de sa majesté.

2 Pi. 1:16

1. Le dernier appel d’un apôtre face à la mort (1:12–15)

Les versets 12–15 soulignent à plusieurs reprises le but de cette lettre. Le verbe clé est “rappeler” (hypomimnēskein), qui apparaît sous des formes variées trois fois aux versets 12, 13 et 15. Ce que Pierre veut transmettre n’est pas une nouvelle révélation, mais la réactivation de ce que les lecteurs savent déjà. Le caractère de la lettre se révèle ainsi : comme les dernières paroles d’un père à ses enfants avant la mort, elle ne livre pas d’abord une information nouvelle, mais réaffirme les valeurs essentielles.

Le verset 14 rend le poids de la lettre encore plus sensible : “je sais que le moment où je quitterai ma tente est proche, comme notre Seigneur Jésus-Christ me l’a fait connaître”. Ce verset renvoie directement à Jean 21:18–19. Jésus avait annoncé à Pierre : “quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas”. Pierre écrit cette lettre en sachant que cette prophétie est désormais sur le point de s’accomplir.

Selon la tradition de l’Église, Pierre fut martyrisé à Rome par crucifixion et demanda à être crucifié la tête en bas, parce qu’il ne se jugeait pas digne de mourir de la même manière que le Seigneur. La crucifixion entraînait une souffrance extrême : le corps s’affaissait, la respiration devenait de plus en plus difficile, et la victime devait soulever son corps pour respirer. La décision de Pierre de suivre ce chemin, en connaissance de la prophétie, traverse toute la lettre.

2. La Transfiguration : témoignage oculaire apostolique (1:16–18)

Les versets 16–18 fondent le caractère factuel de la proclamation de l’Évangile sur le concept juridique du témoignage oculaire. Les “mythes habilement conçus” (sesophismenois mythois) visent directement les récits mythiques diffusés par les enseignants gnostiques. Pierre oppose fortement ces récits à son propre enseignement : je ne proclame pas une histoire inventée ; je témoigne de ce que j’ai moi-même vu et entendu.

Lors de la Transfiguration (Matthieu 17:1–8 ; Marc 9:2–8 ; Luc 9:28–36), Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean et les conduisit sur une haute montagne. Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière, et une métamorphose eut lieu. De la nuée se fit entendre la voix directe de Dieu le Père : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection ; écoutez-le” (Mt 17:5).

L’importance théologique de la Transfiguration peut être résumée en trois points. Premièrement, elle révéla visuellement la divinité de Jésus : la gloire du Dieu incarné devint visible pendant un instant. Deuxièmement, l’apparition de Moïse (la Loi) et d’Élie (les Prophètes) avec Jésus symbolisa l’accomplissement en lui des deux traditions de l’Ancien Testament. Troisièmement, la voix directe du Père confirma l’autorité du Fils et authentifia depuis le ciel la confession de Pierre à Césarée de Philippe (Mt 16:16).

L’autorité de l’Écriture : priorité de la révélation et principes d’interprétation (1:19–21)

Et nous avons la parole prophétique rendue plus certaine ; vous faites bien d’y prêter attention comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour paraisse et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

2 Pi. 1:19

Sachez avant tout qu’aucune prophétie de l’Écriture ne relève d’une interprétation privée ; car ce n’est jamais par une volonté humaine qu’une prophétie a été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu.

2 Pi. 1:20–21

1. La prophétie biblique “plus certaine” que l’expérience de la Transfiguration

Le mot le plus frappant du verset 19 est le comparatif “plus certaine” (bebaioteron). Pierre déclare que l’Écriture prophétique est plus certaine que le témoignage oculaire commun de ceux qui entendirent la voix directe de Dieu le Père sur la montagne. Le fondement théologique de ce paradoxe apparaît au verset 21 : la prophétie n’est pas issue d’une volonté humaine, mais de personnes qui parlèrent de la part de Dieu en étant “portées par le Saint-Esprit” (pheromenoi hypo pneumatos hagiou).

Ce principe est souvent cité comme l’un des fondements bibliques de la doctrine réformatrice de Sola Scriptura. L’affirmation des Réformateurs selon laquelle le texte biblique a priorité sur l’autorité papale ou la tradition ecclésiale s’enracine dans la logique théologique de ce passage. Lorsque Luther déclara à Worms qu’il ne pouvait se rétracter à moins d’être convaincu par l’Écriture, ce principe se trouvait à l’arrière-plan.

2. Les métaphores de la lampe et de l’étoile du matin

L’expression “une lampe qui brille dans un lieu obscur” rappelle directement le Psaume 119:105 : “Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier.” L’expression “jusqu’à ce que le jour paraisse et que l’étoile du matin (phōsphoros) se lève dans vos cœurs” porte un sens encore plus profond. En Apocalypse 22:16, Jésus se nomme lui-même “l’étoile brillante du matin”. L’étoile du matin symbolise donc le Christ. L’étude de l’Écriture est le processus par lequel on apprend à connaître le Christ, et ce processus s’accomplit lorsque le Christ se lève au centre du cœur.

3. Le principe herméneutique : “pas une interprétation privée”

Le principe de 1:20 — “aucune prophétie de l’Écriture ne relève d’une interprétation privée” (idias epilyseōs) — fonctionne comme un avertissement préalable contre la déformation de l’Écriture par les faux docteurs, qui sera abordée au chapitre 2. L’Écriture ne doit pas être interprétée par un individu isolé dans une autonomie privée, mais sous l’inspiration du Saint-Esprit, dans la tradition apostolique et le contexte de la communauté. L’avertissement de Pierre en 3:16, selon lequel les ignorants tordent les passages difficiles des lettres de Paul pour leur propre ruine, prolonge ce même principe herméneutique.

Conclusion : intégration théologique et résumé du chapitre 1

2 Pierre 1 repose sur trois piliers théologiques. Le premier pilier est l’identité : la double auto-compréhension comme esclave et apôtre, la possession partagée d’une foi aussi précieuse, et la vraie connaissance du Christ constituent l’identité du croyant. Le deuxième pilier est la croissance : sur la base de ce que la puissance divine a déjà donné, la foi mûrit le long de l’échelle des vertus qui va de la foi à l’amour. Le troisième pilier est la révélation : la Parole de Dieu, plus certaine que l’expérience personnelle, et l’Écriture prophétique donnée par l’inspiration du Saint-Esprit forment le fondement épistémologique de la communauté de foi.

Ces trois piliers sont organiquement reliés. Une personne dont l’identité est ferme a la force de gravir l’échelle des vertus, et cette croissance se produit dans la Parole. Lorsque la Parole est profondément intériorisée, elle grave encore plus profondément l’identité. Ce cercle vertueux est le secret de la foi que Pierre voulait laisser à ses destinataires alors qu’il faisait face à la mort.

Face à la menace extérieure de la persécution de Néron et à la menace intérieure du gnosticisme, il n’existe qu’un seul moyen pour que les croyants ne trébuchent pas : affermir leur vocation et leur élection, c’est-à-dire se souvenir chaque jour de celui à qui ils appartiennent, du but pour lequel ils ont été appelés et des promesses qu’ils ont reçues, et vivre en conséquence.

Résumé clé

  1. 2 Pierre est une lettre testamentaire écrite par l’apôtre Pierre peu avant son martyre sous la persécution de l’empereur Néron. Sa date est généralement située entre 64 et 68 apr. J.-C., et le texte lui-même montre clairement la conscience d’une mort imminente (1:13–14).
  2. Le chapitre 1 comporte deux mouvements principaux. La première moitié (vv. 1–11) traite du sens théologique de la vocation et de l’élection ainsi que de l’échelle des vertus dans la maturité spirituelle ; la seconde moitié (vv. 12–21) défend le témoignage oculaire de la Transfiguration et la priorité de la prophétie biblique.
  3. Pierre répète délibérément le vocabulaire epignosis et gnosis neuf fois, redéfinissant ainsi la connaissance relationnelle centrée sur le Christ contre les théories gnostiques de la connaissance.
  4. La séquence de huit vertus allant de la foi à l’amour (1:5–7) présente un chemin structuré de maturité spirituelle et manifeste l’union créatrice entre le langage gréco-romain de la vertu et l’éthique chrétienne.
  5. La déclaration selon laquelle la prophétie biblique est “plus certaine” que l’expérience de la Transfiguration (1:19) constitue un précédent biblique pour donner priorité à la révélation écrite sur l’expérience privée : le principe qui sera plus tard exprimé par Sola Scriptura.
Prière finaleAujourd’hui, par la seconde lettre de l’apôtre Pierre, nous avons entendu, le cœur rempli de sentiments mêlés, la profonde exhortation que cet apôtre voulait nous transmettre. Seigneur, accorde-nous de porter toujours ce cœur, de nous souvenir toujours de cette exhortation et de devenir des personnes qui vivent selon l’enseignement de ta Parole. Cette lettre, semblable à un testament final, révèle profondément combien la Parole de Dieu est précieuse et combien elle nous est nécessaire. Puisque la Parole de Dieu est auprès de nous et nous a été transmise, fais que nous nous souvenions toujours de cette Parole et que nous vivions en rappelant continuellement l’exhortation de l’apôtre. Nous prions au nom de Jésus-Christ. Amen.

Index des Écritures

2 Pi. 1:1Simon Pierre, esclave et apôtre de Jésus-Christ — déclaration de double identité
2 Pi. 1:2Grâce et paix multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur
2 Pi. 1:3La puissance divine a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété
2 Pi. 1:4Promesses précieuses et très grandes — participants de la nature divine (theosis)
2 Pi. 1:5–7Ajouter à la foi la vertu, à la vertu la connaissance … à l’affection fraternelle l’amour
2 Pi. 1:8Ne pas être sans fruit — le fruit pratique de la connaissance
2 Pi. 1:9Celui qui manque de ces choses est aveugle — danger de la myopie spirituelle
2 Pi. 1:10Affermissez votre vocation et votre élection — vous ne trébucherez jamais
2 Pi. 1:11L’entrée dans le royaume éternel sera largement accordée (plousiōs)
2 Pi. 1:12–13Tant que je suis dans cette tente, je veux vous réveiller par le rappel
2 Pi. 1:14Le moment où je quitterai ma tente est proche — anticipation du martyre
2 Pi. 1:16Non des mythes habilement conçus — témoignage oculaire apostolique
2 Pi. 1:17Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection — voix céleste à la Transfiguration
2 Pi. 1:19La parole prophétique plus certaine — comme une lampe qui brille dans un lieu obscur
2 Pi. 1:20–21Aucune prophétie de l’Écriture ne relève d’une interprétation privée
Rom. 1:1Paul, esclave de Jésus-Christ — auto-présentation apostolique parallèle
Éph. 4:13Unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu — intégration de la foi et de la connaissance
Jean 17:18Comme le Père m’a envoyé dans le monde — modèle de l’envoi
Mt 17:2–7La Transfiguration — celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection
Jean 21:18Quand tu seras vieux, tu seras conduit où tu ne voudras pas — prophétie du martyre de Pierre
Apoc. 22:16L’étoile brillante du matin — l’étoile du matin symbolise le Christ
Ps. 119:105Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier