Attendant et Désirant Ardemment la Venue du Jour de Dieu
Exposition de 2 Pierre Chapitre 3
2 Pierre Chapitre 3 · Thèmes Clés
Attendant et Désirant Ardemment la Venue du Jour de Dieu — Cinq Thèmes Clés de Cette Exposition
| Prédicateur | David Jang (WEC Immanuel Chapel) | Date | Dimanche 3 mai 2026, culte dominical |
|---|---|---|---|
| Texte biblique | 2 Pierre 3, version coréenne Gaeyeok Hangeul | Série | Exposition de 2 Pierre, leçon 3 (conclusion) |
| Verset clé | « Attendez et hâtez avec ardeur l’avènement du jour de Dieu » (2 P 3:12) | ||
Document traduit en français et converti en HTML. Les citations bibliques sont rendues en traduction française libre à partir du texte coréen du document source.
I. Introduction : la position théologique du chapitre 3 et l’achèvement de 2 Pierre
Le chapitre 3 de la deuxième épître de Pierre est la grande conclusion de la lettre et son sommet théologique. Si le chapitre 1 établit l’identité de la foi et le fondement de la révélation, et si le chapitre 2 dénonce les faux enseignants qui menacent ce fondement, le chapitre 3 proclame l’espérance eschatologique vers laquelle toute l’argumentation tend ultimement. L’affirmation selon laquelle « l’Église est une communauté eschatologique » traverse tout le chapitre.
Le défi théologique auquel le chapitre 3 répond est la négation du retour du Seigneur. Les faux enseignants entrés dans l’Église manifestent, avec la décadence morale traitée au chapitre 2, un scepticisme théologique qui apparaît ici de manière explicite. La raillerie : « Où est la promesse de son avènement ? » (v. 3) n’est pas un simple doute intellectuel ; elle fonctionne comme un bouclier théologique destiné à justifier une vie qui « suit ses propres convoitises ». S’il n’y a ni retour du Seigneur ni jugement, le relâchement moral ne poserait plus aucun problème.
La réponse de Pierre se déploie selon trois axes. Le premier est un argument d’histoire théologique : dans l’histoire linéaire du salut qui relie création, déluge et retour du Seigneur, Pierre démontre la nécessité de la parousie (v. 5-7). Le deuxième est une explication théodicéenne : le délai du jugement reflète la volonté salvifique de Dieu (v. 8-9). Le troisième est une éthique eschatologique : Pierre montre comment l’espérance du retour doit façonner la vie présente (v. 11-14). Ces trois axes œuvrent ensemble pour établir la compréhension que l’Église a d’elle-même comme communauté eschatologique.
II. Le combat entre deux visions de l’histoire : circularité et linéarité (3:3-4)
1. La vision du monde de ceux qui se moquent du retour du Seigneur
Sachez d’abord ceci : dans les derniers jours viendront des moqueurs, marchant selon leurs propres convoitises, et disant avec raillerie : « Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères se sont endormis, tout demeure comme depuis le commencement de la création. » (2 P 3:3-4)
Les « moqueurs » du verset 3 (empaiktai) ne sont pas de simples sceptiques. L’expression « marchant selon leurs propres convoitises » révèle que leur négation du retour du Seigneur n’est pas le fruit d’une recherche intellectuelle, mais une construction théologique destinée à justifier une vie de licence morale. Ils ne croient pas parce qu’ils ne veulent pas croire.
L’affirmation du verset 4, selon laquelle « tout demeure comme depuis le commencement de la création », présuppose une conception cyclique de l’histoire. Comme le printemps suit l’hiver, puis l’été le printemps et l’automne l’été, l’histoire ne ferait que se répéter indéfiniment, sans direction ni but. Cette conception cyclique se retrouve dans le stoïcisme gréco-romain ainsi que dans certaines cosmologies bouddhistes et taoïstes d’Asie orientale.
Il est intéressant de noter que ces moqueurs auraient pu invoquer Ecclésiaste 1:9 : « Ce qui a été, c’est ce qui sera ; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Mais cette parole de l’Ecclésiaste ne soutient pas la circularité ; elle enseigne plutôt à lire dans les modèles de l’histoire ce qui peut encore advenir. Si les jours de Noé ont déjà eu lieu, et si le jugement de Sodome et Gomorrhe a déjà eu lieu, alors un tel jugement peut encore venir : telle est la logique de la réponse de Pierre.
2. La conception biblique et linéaire de l’histoire
La conception biblique de l’histoire est radicalement différente de la circularité. L’histoire a un commencement clair, la création ; un tournant décisif, l’incarnation ; et un accomplissement certain, le retour du Seigneur et la nouvelle création. Cette vision linéaire de l’histoire possède une affinité avec une compréhension nomade de l’existence. Contrairement aux peuples agricoles qui s’installent et prennent le cycle des saisons comme repère de vie, les nomades sont toujours en chemin, allant d’un lieu vers un autre. Le peuple biblique est une communauté nomade, vivant sur la terre comme des étrangers et des voyageurs (1 P 2:11).
Le tableau suivant résume les principales différences entre les deux conceptions de l’histoire.
| Catégorie | Pensée ou religion représentative | Compréhension de l’histoire | Lien avec l’Écriture |
|---|---|---|---|
| Vision cyclique, agricole | Stoïcisme gréco-romain, cosmologie hindoue | L’histoire se répète sans fin comme les saisons. Elle n’a ni commencement ni fin. « Rien de nouveau sous le soleil » est mal interprété comme preuve de la circularité. | Vision du monde de ceux qui se moquent du retour et du jugement (2 P 3:4). |
| Vision linéaire, nomade | Ensemble de l’Ancien et du Nouveau Testament | L’histoire a un commencement, la création ; un tournant, l’incarnation ; et un accomplissement, le retour du Seigneur et la nouvelle création. Elle est téléologique. | Argument d’histoire du salut en 2 Pierre 3 ; eschatologie de l’Apocalypse. |
La portée existentielle de cette conception linéaire est considérable. Si l’histoire a une direction, les souffrances présentes ont un sens. Si elle a un accomplissement, l’injustice présente sera un jour redressée. Si elle a un but, la vie qui marche vers ce but possède elle aussi une signification. La foi au retour du Seigneur n’est pas une simple prédiction de l’avenir ; elle est une boussole existentielle qui nous apprend comment vivre le présent.
III. L’argument d’histoire du salut : création, déluge et retour du Seigneur (3:5-7)
Ils veulent oublier que, par la parole de Dieu, les cieux existaient autrefois et que la terre, tirée de l’eau et formée au moyen de l’eau, fut établie ; par ces eaux, le monde d’alors périt, submergé. Mais les cieux et la terre d’à présent sont gardés par cette même parole, réservés pour le feu jusqu’au jour du jugement et de la perdition des hommes impies. (2 P 3:5-7)
L’argument des versets 5 à 7 comporte trois étapes : création (v. 5), jugement par l’eau (v. 6), jugement par le feu (v. 7). Le lien central de cette triple structure est la « parole de Dieu » (logos). C’est par la parole de Dieu que le monde a été créé — les « Dieu dit » de Genèse 1 —, c’est par la parole de Dieu que le déluge a été annoncé et exécuté (Gn 7:1-4), et c’est par la même parole de Dieu que le jugement par le feu à venir sera accompli.
Au verset 5, l’expression « ils veulent oublier » (lanthanei gar autous touto thelontas) est très forte. L’ignorance de ceux qui nient le retour du Seigneur n’est pas un manque d’information ; elle est un oubli volontaire. Ils connaissent le fait de la création, mais refusent la conclusion qui s’impose : le Créateur peut juger le monde qu’il a fait.
Dans le récit de Genèse 1, Dieu sépare les eaux et rassemble les eaux en un seul lieu afin que la terre sèche apparaisse. Les cieux et la terre furent donc littéralement formés « à partir de l’eau et au moyen de l’eau ». Mais lors du déluge de Noé, ce processus créateur est comme renversé : les écluses des cieux s’ouvrent, les eaux recouvrent la terre, et le monde ancien périt. Le jugement apparaît ainsi comme un renversement de la création.
Le jugement par le feu du verset 7 doit être compris dans cette continuité. Si le jugement par l’eau fut une inversion temporaire de l’ordre créé, le jugement par le feu est la dissolution définitive de l’ordre présent et son passage vers la nouvelle création. Les cieux et la terre d’à présent sont « gardés » pour le feu : le jugement n’est pas absent, il est réservé jusqu’au jour fixé.
Le feu de Sodome et Gomorrhe, la détresse du riche dans la parabole de Luc 16, et l’imagerie du jugement dans l’Apocalypse forment un réseau biblique qui donne poids à cette annonce. L’eau et le feu deviennent alors deux grands signes de l’histoire du salut : création, déluge, retour du Seigneur et nouvelle création.
IV. Théodicée : le retard du jugement et l’extension du salut (3:8-9)
1. Le temps de Dieu et l’expérience humaine du temps (3:8)
Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas oublier : devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. (2 P 3:8)
Le verset 8 fait directement écho au Psaume 90:4 : « Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier quand il passe, et comme une veille de la nuit. » L’affirmation selon laquelle « un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour » ne décrit pas seulement la subjectivité du temps ; elle déclare théologiquement que la temporalité de Dieu diffère radicalement de la nôtre.
Pour l’être humain, le temps est linéaire, limité et chargé d’impatience. Pour Dieu, le temps n’est ni retard ni précipitation. Ce qui paraît lent à nos yeux peut être, dans le dessein de Dieu, un processus nécessaire et fidèle. Inversement, ce qui semble soudain peut être le fruit d’une longue préparation divine. La reconnaissance de cette temporalité divine donne aux croyants un fondement théologique pour la patience.
2. La raison du délai du jugement : la patience divine orientée vers le salut (3:9)
Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de sa promesse, comme certains l’estiment ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous parviennent à la repentance. (2 P 3:9)
Le verset 9 donne la réponse de Pierre à la question classique de la théodicée. La théodicée demande : pourquoi un Dieu bon et tout-puissant laisse-t-il subsister un monde rempli de mal et de souffrance ? Dans ce contexte précis, la question devient : pourquoi Dieu ne juge-t-il pas immédiatement un monde plein de péché ? Pourquoi retarde-t-il le retour du Seigneur et le jugement ?
La réponse de Pierre tient en une phrase : « ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous parviennent à la repentance ». Le délai du jugement n’est ni indifférence divine ni manque de puissance. Il est la patience de Dieu (makrothumia), qui désire qu’une personne de plus encore soit sauvée. Ce terme grec signifie la capacité de supporter longtemps ; il est aussi l’un des fruits de l’Esprit (Ga 5:22).
Cette réponse théodicéenne reflète le caractère constant de Dieu dans toute l’Écriture. Ézéchiel 18:23 affirme que Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant, mais à ce qu’il se détourne de sa voie et qu’il vive ; Ézéchiel 33:11 va dans le même sens ; et 1 Timothée 2:4 atteste que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.
Ce principe fonde aussi directement la mission de l’Église. Le temps pendant lequel le jugement est différé est précisément le temps de l’annonce de l’Évangile. La raison de l’existence de l’Église sur la terre est que ne serait-ce qu’une personne de plus se repente et soit sauvée. L’eschatologie et la missiologie ne peuvent être séparées. Plus l’espérance du retour du Seigneur est claire, plus l’urgence de l’évangélisation grandit.
L’eau ne bout pas avant d’avoir atteint son point d’ébullition, même lorsqu’elle est tout près des cent degrés. Mais dès qu’elle atteint ce point, elle se met soudain à bouillir. Il en va de même dans l’histoire du salut. Le moment présent, que nous ressentons comme « lent », avance exactement vers le point fixé par Dieu.
V. L’imminence du jour du Seigneur : une fin qui vient comme un voleur (3:10)
Mais le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; en ce jour-là, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec tout ce qui s’y trouve sera mise à nu. (2 P 3:10)
L’image du « voleur » (hos kleptes) appartient au vocabulaire commun de l’eschatologie du Nouveau Testament. Jésus lui-même parle ainsi en Apocalypse 16:15 : « Voici, je viens comme un voleur ; heureux celui qui veille et garde ses vêtements, afin de ne pas marcher nu et de ne pas laisser voir sa honte. » 1 Thessaloniciens 5:2 utilise la même expression : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. »
La signification théologique de cette image est l’absence d’annonce préalable, c’est-à-dire l’imminence. Un voleur n’annonce pas son arrivée. Matthieu 24:36 en fournit le fondement : « Quant à ce jour et à cette heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. » Cette absence d’annonce conduit à deux conclusions. Premièrement, toute eschatologie à date fixée qui prétend calculer et présenter un jour précis contredit directement l’enseignement de Jésus. Deuxièmement, puisque nous ne savons pas quand il viendra, nous devons toujours être prêts.
La seconde moitié du verset 10 décrit la dissolution cosmique dans un langage apocalyptique. Dans l’expression « les cieux passeront avec fracas » (rhoizedon pareleusetai), « avec fracas » évoque le bruit d’une rafale ou d’un sifflement violent. Les textes parallèles sont Apocalypse 6:14, où le ciel se retire comme un rouleau que l’on enroule, et Ésaïe 51:6, où les cieux se dissipent comme une fumée et la terre s’use comme un vêtement.
Dans « les éléments embrasés se dissoudront » (stoicheia kausoumena luthestai), les « éléments » (stoicheia) désignent les composantes fondamentales du monde. Cette dissolution cosmique n’est pas une simple destruction : elle prépare la nouvelle création. L’expression « la terre avec tout ce qui s’y trouve sera mise à nu » signifie le caractère public et total du jugement final : rien de ce qui est caché ne restera dissimulé.
VI. Le lien avec le discours du mont des Oliviers : l’enseignement eschatologique de Jésus (Mt 24-25)
L’enseignement eschatologique que Pierre développe au chapitre 3 est profondément lié au discours du mont des Oliviers en Matthieu 24-25. Dans ce discours donné par Jésus lui-même à ses disciples sur le mont des Oliviers, les signes du retour, son imminence non annoncée et l’importance de veiller en étant prêts sont constamment soulignés.
Matthieu 24:37-39 se rattache directement au thème du jugement par le déluge en 2 Pierre 3:6 : « Comme aux jours de Noé, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. Avant le déluge, les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient et donnaient en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; ils ne comprirent rien jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous. Il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme. » Comme aux jours de Noé, les hommes vivront comme si rien ne devait arriver, puis le jugement viendra soudainement.
Les trois paraboles de Matthieu 25 enseignent chacune, sous un angle différent, l’attitude d’une vie eschatologique. Le tableau ci-dessous les résume.
| Parabole | Texte | Contenu | Leçon eschatologique |
|---|---|---|---|
| Les dix vierges | Mt 25:1-13 | Cinq sages préparent l’huile pour leurs lampes ; cinq folles ne sont pas prêtes, et la porte se ferme. | Veillez et soyez prêts : personne ne connaît le jour ni l’heure. |
| Les talents | Mt 25:14-30 | Le maître revient à un moment inattendu et demande compte de la fidélité de chacun. | Vie de bons intendants : utilisez fidèlement ce qui vous a été confié. |
| Les brebis et les boucs | Mt 25:31-46 | Le Fils de l’homme vient dans sa gloire et juge toutes les nations ; le critère du jugement final est l’amour vécu concrètement. | Servir « l’un de ces plus petits » revient à servir Christ ; c’est l’éthique eschatologique. |
| Le figuier | Mt 24:32-35 | Lorsque les feuilles apparaissent, on sait que l’été est proche ; cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. | Discernons les signes, sans prétendre prédire la date. |
Le message commun de ces paraboles est : veillez et soyez prêts. Mais cette préparation n’est pas une attente passive. La parabole des talents exige une fidélité active, et celle des brebis et des boucs présente l’amour pratique envers le prochain comme critère du jugement. L’espérance du retour du Seigneur ne rend donc pas la vie présente paresseuse ; elle la rend plus fidèle et plus aimante. Voilà l’éthique eschatologique que l’Écriture enseigne.
VII. L’éthique eschatologique : conduite sainte et piété (3:11-14)
Puisque tout cela doit ainsi se dissoudre, quels hommes ne devez-vous pas être par une conduite sainte et par la piété, attendant et hâtant l’avènement du jour de Dieu ? (2 P 3:11-12)
Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. (2 P 3:13)
La structure rhétorique des versets 11 et 12 mérite attention. Pierre part de la dissolution cosmique de la fin — « puisque tout cela doit ainsi se dissoudre » —, passe à la question éthique — « quels hommes ne devez-vous pas être ? » —, puis arrive au commandement concret : « par une conduite sainte et par la piété ». L’eschatologie ne demeure donc pas une prédiction abstraite de l’avenir ; elle devient une norme qui façonne concrètement la vie présente.
Dans l’expression « attendant et hâtant l’avènement du jour de Dieu » (prosdokontas kai speudontas), le second verbe, speudontas, signifie « se hâter » ou « hâter ». On peut l’interpréter de deux manières. La première consiste à y voir l’attitude d’un cœur qui attend ardemment le jour de Dieu. La seconde y discerne une participation, par la proclamation de l’Évangile et l’appel à la repentance, à ce qui hâte ce jour. La seconde lecture prend une profondeur particulière lorsqu’elle est reliée à 2 Pierre 3:9 : Dieu veut que tous parviennent à la repentance. Si notre proclamation de l’Évangile hâte le jour de Dieu, la mission n’est pas seulement un devoir ; elle est une vocation eschatologique.
Le verset 13, avec ses « nouveaux cieux » et sa « nouvelle terre », est l’un des plus beaux versets de l’épître. « Nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. » Cette promesse, d’abord proclamée en Ésaïe 65:17 — Dieu crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre, et les choses anciennes ne seront plus rappelées —, s’accomplit en Apocalypse 21:1-5 avec la déclaration : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. » Le cœur de l’expression est : « où la justice habitera ». Les nouveaux cieux et la nouvelle terre ne sont pas seulement un nouvel environnement matériel ; ils sont un monde ordonné où la justice de Dieu demeure pleinement.
Le tableau suivant présente l’ensemble du mouvement de l’histoire du salut, de la création à la nouvelle création. Le chapitre 3 se concentre surtout sur les deux dernières étapes : le retour du Seigneur et l’espérance des nouveaux cieux et de la nouvelle terre.
| Étape de l’histoire du salut | Texte biblique | Contenu essentiel |
|---|---|---|
| Création | Gn 1-2 | Dieu crée les cieux et la terre : tout est très bon. L’être humain est créé à l’image de Dieu. |
| Chute | Gn 3 | Rébellion volontaire de l’être humain : « Où es-tu ? » (Gn 3:9). L’histoire du salut commence. |
| Jugement par l’eau | Gn 6-9 / 2 P 3:6 | Le déluge de Noé : premier jugement eschatologique sur un monde corrompu ; huit personnes sont sauvées. |
| Incarnation et expiation | Évangiles du Nouveau Testament | Le Fils de Dieu vient dans la chair ; il porte le péché de l’humanité et ressuscite. |
| Temps de l’Église | Depuis les Actes jusqu’à aujourd’hui | Œuvre de l’Esprit ; proclamation de l’Évangile ; patience du Seigneur, c’est-à-dire maximisation de l’occasion du salut (2 P 3:9). |
| Retour du Seigneur et jugement par le feu | 2 P 3:7-10 / Ap 19-20 | Le jour du Seigneur vient comme un voleur ; les cieux passent avec fracas et les éléments se dissolvent. |
| Nouveaux cieux et nouvelle terre | Es 65-66 / 2 P 3:13 / Ap 21-22 | Nouvelle création où la justice habite : accomplissement éternel du royaume de Dieu. |
VIII. L’autorité canonique des lettres de Paul et la solidarité apostolique (3:15-16)
Considérez que la patience de notre Seigneur est salut, comme notre bien-aimé frère Paul vous l’a aussi écrit selon la sagesse qui lui a été donnée. C’est ce qu’il fait dans toutes ses lettres, lorsqu’il y parle de ces choses ; il s’y trouve des points difficiles à comprendre, que les ignorants et les instables tordent, comme ils le font aussi des autres Écritures, pour leur propre perdition. (2 P 3:15-16)
L’expression du verset 15, « notre bien-aimé frère Paul » (ho agapetos hemon adelphos Paulos), témoigne avec beauté de l’unité des deux traditions apostoliques. Pierre et Paul se sont un jour opposés publiquement, comme le rapporte Galates 2:11-14. Pierre mangeait avec les croyants d’origine païenne à Antioche, mais il s’en retira lorsque vinrent des hommes de la part de Jacques ; Paul dit alors lui avoir résisté. Pourtant, Pierre se souvient de ce conflit passé et appelle Paul « frère bien-aimé ». La solidarité apostolique dépasse les conflits personnels.
La structure narrative des Actes reflète également cette solidarité. Le livre des Actes compte vingt-huit chapitres : la première partie, chapitres 1 à 12, traite principalement du ministère de Pierre ; la seconde, chapitres 13 à 28, traite surtout du ministère de Paul. Comme deux cours d’eau qui se rejoignent pour former un grand fleuve, les deux traditions apostoliques convergent au concile de Jérusalem en Actes 15. Luc, auteur des Actes et compagnon de Paul, a pourtant raconté d’abord l’histoire de Pierre, avec ampleur et exactitude. Cette humilité a contribué à unir les différentes voix du Nouveau Testament en un seul canon.
Le point central du verset 16 est que Pierre traite les lettres de Paul comme « les autres Écritures » (tas loipas graphas). Le mot grec graphas est le terme habituel pour désigner les Écritures de l’Ancien Testament. Pierre reconnaît ici implicitement aux lettres de Paul une autorité divine équivalente à celle des Écritures de l’Ancien Testament. C’est une preuve importante que les apôtres eux-mêmes avaient déjà conscience que certains écrits portaient l’autorité de Dieu dans le processus de formation du canon du Nouveau Testament.
L’avertissement selon lequel certains « tordent » ces écrits « pour leur propre perdition » correspond exactement à 2 Pierre 1:20-21, où Pierre affirme qu’aucune prophétie de l’Écriture ne relève d’une interprétation privée. Déformer la parole de Dieu selon ses intérêts ou ses présupposés n’est pas seulement une erreur intellectuelle ; c’est un danger spirituel. Les textes eschatologiques, ces choses « difficiles à comprendre », deviennent particulièrement vulnérables à la déformation. Les eschatologies à date fixée, les interprétations prophétiques arbitraires et les calculs de nombres ou de dates en sont des exemples contemporains.
IX. Dernière exhortation apostolique : vigilance et croissance dans la grâce (3:17-18)
Vous donc, bien-aimés, puisque vous êtes avertis, tenez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des hommes sans loi, vous ne perdiez votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. À lui soit la gloire, maintenant et jusqu’au jour de l’éternité. Amen. (2 P 3:17-18)
Pierre conclut son épître par deux impératifs complémentaires : « tenez-vous sur vos gardes » et « croissez ». La vigilance seule pourrait devenir une attitude défensive, fermée et inquiète ; la croissance seule, si elle n’est pas accompagnée de vigilance, pourrait devenir naïveté et vulnérabilité devant l’égarement. La maturité chrétienne tient ensemble la fermeté doctrinale et le développement vivant de la grâce.
L’expression « l’égarement des hommes sans loi » reprend l’ensemble de l’avertissement contre les faux enseignants. L’Église doit savoir que l’erreur n’est pas seulement une idée abstraite ; elle est une puissance qui entraîne, déplace et déracine. Celui qui cesse de veiller peut perdre sa fermeté non en un instant spectaculaire, mais par une lente dérive.
La maturité de la foi ne consiste pas à accumuler une prétendue connaissance divine spéciale, comme le propose le gnosticisme ; elle consiste à grandir dans la connaissance de Jésus-Christ, et cela dans la grâce (charis). L’union de la connaissance et de la grâce est essentielle. Une grâce sans connaissance devient sentimentale ; une connaissance sans grâce devient orgueilleuse.
La dernière doxologie, « À lui soit la gloire, maintenant et jusqu’au jour de l’éternité », est la louange finale d’un apôtre devant le martyre. Sous l’ombre de la persécution et de la mort, au milieu du trouble causé par les faux enseignants, et dans la réalité où le retour du Seigneur semble tarder, la gloire appartient à Jésus-Christ dès maintenant et pour toujours. Si cette confession demeure inébranlable, aucune circonstance ne nous fera trébucher.
X. Conclusion : l’achèvement de la série d’expositions de 2 Pierre
Le chapitre 3 de 2 Pierre rassemble les trois grands thèmes de l’épître. L’« appel et l’élection » du chapitre 1 s’accomplissent au chapitre 3 dans l’espérance eschatologique des « nouveaux cieux et de la nouvelle terre ». L’avertissement contre les faux enseignants du chapitre 2 se prolonge au chapitre 3 dans l’exhortation à garder sa fermeté face à l’égarement des hommes sans loi. L’autorité de la prophétie de l’Écriture, affirmée au chapitre 1, atteint son sommet au chapitre 3 dans la déclaration selon laquelle la parole de Dieu est le sujet même de la création, du jugement et de la nouvelle création.
L’intuition théologique la plus fondamentale de cette épître est la suivante : l’eschatologie concerne l’avenir, mais elle détermine la manière dont nous devons vivre le présent. Si nous savons que le jour de Dieu vient, nous ne pouvons que vivre autrement dès maintenant : plus saintement, plus ardemment, avec plus d’amour et plus de fidélité. Voilà le message que Pierre voulait transmettre en dernier, alors qu’il approchait de la mort.
« Attendez et hâtez avec ardeur l’avènement du jour de Dieu » (3:12). Cette exhortation est le cœur et la conclusion de toute la deuxième épître de Pierre. Seuls ceux qui attendent et désirent ardemment ne trébuchent pas, ne se laissent pas entraîner par l’égarement des hommes sans loi, et ne vacillent pas dans la persécution. Et, au terme de cette espérance, les « nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite » (3:13) les attendent.
Résumé essentiel de l’exposition
- Le chapitre 3 de 2 Pierre montre comment l’Église, comme communauté eschatologique, doit fonder et maintenir sa foi au retour du Seigneur. Il constitue le sommet de l’épître : après l’avertissement contre les faux enseignants au chapitre 2, il rétablit historiquement et théologiquement le retour qu’ils nient.
- La réponse aux moqueurs du retour se déploie comme un argument d’histoire du salut reliant la théologie de la création, le jugement par l’eau, et la théologie de la fin, le jugement par le feu. Si le déluge de Noé est un fait historique, le jugement par le feu à venir est lui aussi inévitable.
- La réponse théodicéenne des versets 8 et 9 est l’une des plus claires de toute l’Écriture. Le délai du jugement n’est ni indifférence ni impuissance de Dieu ; il est la patience divine (makrothumia) qui maximise l’occasion du salut.
- Les nouveaux cieux et la nouvelle terre (3:13) sont la destination de l’histoire du salut : la promesse eschatologique d’Ésaïe 65-66 s’accomplit en Apocalypse 21-22, et l’Écriture, par sa vision linéaire de l’histoire, pointe vers ce terme final.
- Le fait que Pierre place les lettres de Paul au rang des « autres Écritures » (graphas) est une preuve décisive que les apôtres eux-mêmes avaient conscience de la formation du canon du Nouveau Testament.
XI. Index des références bibliques
| Référence biblique | Résumé du contenu |
|---|---|
| 2 P 3:1-2 | But de la seconde lettre : rappeler les paroles des saints prophètes. |
| 2 P 3:3-4 | Les moqueurs des derniers jours : « Où est la promesse de son avènement ? » |
| 2 P 3:5-6 | Création et jugement par l’eau : les cieux et la terre furent formés par l’eau et périrent par l’eau. |
| 2 P 3:7 | Jugement par le feu : les cieux et la terre d’à présent sont gardés pour le feu. |
| 2 P 3:8 | Un jour comme mille ans, mille ans comme un jour : la temporalité de Dieu. |
| 2 P 3:9 | Dieu ne veut pas qu’aucun périsse, mais que tous parviennent à la repentance : réponse de la théodicée. |
| 2 P 3:10 | Le jour du Seigneur vient comme un voleur : fin non annoncée. |
| 2 P 3:11-12 | Conduite sainte et piété : attendre et hâter ardemment le jour de Dieu. |
| 2 P 3:13 | Nouveaux cieux et nouvelle terre : lieu où la justice habite. |
| 2 P 3:14 | S’efforcer d’être trouvés sans tache, irréprochables et en paix. |
| 2 P 3:15-16 | « Notre bien-aimé frère Paul » : reconnaissance de l’autorité canonique des lettres de Paul. |
| 2 P 3:17-18 | Garder la vigilance face à l’égarement des hommes sans loi ; croître dans la grâce et la connaissance. |
| Ac 1:11 | « Il reviendra de la même manière » : déclaration angélique du retour juste après l’ascension. |
| Mt 24:36-39 | Personne ne connaît le jour ni l’heure : comme aux jours de Noé. |
| Mt 25:1-46 | Trois paraboles du discours du mont des Oliviers : dix vierges, talents, brebis et boucs. |
| 1 Th 5:2 | Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit : eschatologie paulinienne. |
| Es 65:17 | Dieu crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre : promesse eschatologique de l’Ancien Testament. |
| Es 51:6 | Les cieux se dissipent comme une fumée et la terre s’use comme un vêtement. |
| Ap 21:1 | Nouveaux cieux et nouvelle terre : accomplissement dans l’Apocalypse. |
| Ap 22:16 | L’étoile brillante du matin : Christ comme étoile du matin, en lien avec 2 Pierre 1:19. |
| Ez 18:23 | Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant : fondement vétérotestamentaire de la théodicée. |
| 1 Tm 2:4 | Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. |
Série d’expositions de 2 Pierre - conclusion
Leçon 1 : Affermissez votre appel et votre élection (chapitre 1) | Leçon 2 : À propos des faux prophètes et des faux enseignants (chapitre 2) | Leçon 3 : Attendez et hâtez avec ardeur l’avènement du jour de Dieu (chapitre 3)